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« Luc Chatel refuse de rencontrer les professionnels du e-commerce », par Catherine Barba

* Publié par Catherine Barba le Mercredi 21 Mai 2008 | envoyer | commenter
Fondatrice et Présidente de Malinea (Cashstore, Malinea Conseil), Catherine Barba propose cette tribune libre dans laquelle elle dénonce le comportement de Luc Chatel, Ministre de l'industrie, qui refuse de rencontrer personnellement les professionnels du e-commerce alors qu'il est à l'origine d'une loi, qui entrera en vigueur le 1er juin prochain, et qui entend renforcer les droits des consommateurs, en particulier dans le domaine du commerce électronique...

Le respect des acheteurs par les e-commerçants est un sujet qui fait presque partie de mon ADN, à double titre : consommatrice en ligne depuis plus de 10 ans, inconditionnelle testeuse de tous les sites marchands, je suis aussi professionnelle du e-commerce où, en dépit d'un âge encore peu canonique, je fais figure de « Mamie du Net »*.

Aujourd'hui, le e-commerce procure satisfaction aux 20 millions de français qui le pratiquent. Les sites marchands offrent des conditions générales de vente reposant sur le commerce en général et le commerce par correspondance en particulier ; ils en respectent la déontologie et proposent à leurs clients de vrais services avant et après la vente, de toute façon indispensables dans leur contexte concurrentiel. Résultat : le nombre de personnes ayant confiance en l'achat en ligne a augmenté de 14% par rapport à l'année dernière**.

Bien sûr, comme dans tous les secteurs, on rencontre aussi parfois des acteurs peu scrupuleux, mais la bonne nouvelle est que sur Internet, ils sont très faciles à débusquer, même par les moins pro du Web d'entre nous : les mauvais élèves sont les marchands qui ne communiquent pas d'informations légales sur leur site (nom, adresse du siège social, nom du responsable de la publication, téléphone du service clients, numéro de déclaration à la CNIL….). Une simple lecture des conditions générales de vente permet souvent de se faire une première idée de qui on a affaire, et de vite passer son cyber-chemin si le marchand ne fournit pas suffisamment de gages de sérieux.
Par ailleurs, Blogs, forums, sites d'avis de consommateurs ne manquent pas, qui prodiguent mises en garde et conseils pratiques de clients, et offrent le récit parfois édifiant de leurs expériences : l'occasion de découvrir que ce frigo, 30% moins cher que l'enseigne du contrat de confiance vous sera livré sur le trottoir, ou que cette petite robe griffée à -70% n'arrivera probablement dans votre placard que de longues semaines après votre commande…
Les chances de survie à moyen terme d'un marchand peu sérieux sont donc extrêmement faibles, en comparaison à d'autres canaux où l'information n'est pas si simple à obtenir !

Luc Chatel se trompe de combat : l'enjeu n'est pas tant d'alourdir les contraintes des e-commerçants, déjà bien encadrés par la réglementation de la vente à distance, que de responsabiliser les e-consommateurs. D'autant que les abus contre lesquels la loi Chatel est censée protéger les acheteurs ne sont commis que par une petite minorité de e-marchands, qui n'appliqueront sans doute pas plus cette nouvelle loi que les réglementations existantes…

Pour un acheteur responsable, Internet est sans risque parce qu'il est aisé d'éviter les mauvais sites, et parce que les e-marchands ne savent que trop le prix d'un bouche-à-oreille négatif pouvant toucher en une seule journée des centaines de milliers de clients potentiels. Les 500 e-marchands dont nous sommes partenaires*** s'engagent au quotidien à respecter et protéger leurs clients, et sont favorables à toutes les dispositions allant dans le sens de plus de transparence entre e-marchands et acheteurs, gage de confiance accrue dans la vente en ligne.

La confiance…parlons-en ! Avec 99,6 % d'intention de réachat en ligne à l'issue du dernier Noël 2007, il serait bon que Monsieur Chatel cesse de brandir des chiffres invérifiés. François Momboisse, Président de la FEVAD, rappelle d'ailleurs dans sa tribune « Pourquoi tant de haine contre le e-commerce » du 31 mars dernier, que le taux d'anomalies relevé par la répression des fraudes, sur 12 000 réclamations qui lui ont été adressées en 2007 concernant des sites de vente en ligne, n'est pas de 43%, mais de 12% (dites, Monsieur Chatel, vous ne l'avez vraiment pas gonflé ce nombre de plaintes pour justifier les mesures prises à l'encontre des e-marchands ?).

Pour mieux protéger les consommateurs, et continuer d'augmenter la confiance dans le commerce en ligne, il est aujourd'hui urgent que Luc Chatel accepte enfin de rencontrer les professionnels de la vente en ligne et revoir la formulation de plusieurs mesures de la loi.

La mesure concernant le remboursement des frais de port en cas de rétractation, par exemple, donne lieu à trop d'interprétations : faut-il comprendre que le marchand doit prendre en charge les frais de port "retour" si un client n'est pas satisfait (quel que soit le mode de retour ?), ou lui rembourser seulement les frais de livraison "aller" ? Ou les deux ? Aucun commerçant en magasin ne rembourse à un client ses frais de déplacement en cas de retour du produit : pourquoi le e-commerce devrait-il rembourser les frais de transport ? Et lorsque ces frais sont offerts, le client pourra-t-il exiger le remboursement de ce qu'il n'a pas payé ?

Les marchands craignent que cette mesure, telle qu'elle est rédigée, n'engendre de nouveaux comportements indélicats de la part de certains de leurs clients, qui pourront commander sans retenue, prenant les e-commerçants pour des loueurs de matériel gratuit à la semaine, et pensant pouvoir être intégralement remboursé de leurs commandes et des frais de port.

Un marchand de décoration en ligne confiait par exemple que si seulement 5% de ses clients s'amusent à passer des commandes fantaisistes, il devra cesser son activité… ou augmenter ses tarifs de manière significative. Cette dernière solution est celle que retiennent la plupart des marchands aujourd'hui, pour faire face aux coûts que cette loi engendrera inévitablement.

Avec un panier moyen inférieur à 40 € HT et une marge commerciale de l'ordre de 30%, supporter des frais de ports de l'ordre de 10 € par colis retourné n'est pas viable économiquement. Sans parler de rembourser des Chronopost à 15 € et plus, incompatibles avec l'argument commercial d'une livraison gratuite ou inférieure à 5 € : la vente à perte étant interdite, nombreux sont les marchands qui envisagent déjà de supprimer ce service.

Et il en va de même pour les services clients, eux aussi visés par Monsieur Chatel, et que les marchands ne pourront plus assurer efficacement. Les numéros surtaxés bientôt interdits réussissent à peine aujourd'hui à amortir les coûts d'un service de qualité, basé en France, avec un personnel compétant. Comment financer un tel service demain ? Voici une mesure qui réussit à la fois à nuire aux marchands, aux consommateurs qui ne bénéficieront plus de la même qualité de service, et aux emplois !

A compter du 1er juin, sans modification des textes, les conséquences de la loi Chatel seront donc inévitablement, pour le consommateur, la menace de prix à la hausse et d'une détérioration du service … Est-ce vraiment la meilleure façon de défendre les acheteurs, leur pouvoir d'achat et de créer la confiance dans l'achat en ligne ?
« Mr Luc Chatel, ne soyez pas le fossoyeur du e-commerce. Acceptez de rencontrer les professionnels pour revoir la formulation de vos mesures, et réfléchir avec eux à la meilleure façon de responsabiliser et protéger les e-consommateurs… »
  • **

Pour lutter contre les discriminations en entreprise, Catherine Barba est marraine de « Nos quartiers ont des Talents », l'association qui facilite les échanges entre jeunes diplômés des quartiers et des entrepreneurs qui leurs ouvrent leurs réseaux professionnels. http://www.nosquartiers-talents.com

Elle vient enfin de créer avec Jean Marie Boucher « Pro d'un jour », une initiative citoyenne pour l'emploi des jeunes : dont le but est d' aider lycéens et étudiants à s'orienter, le site leur permet d'effecteur une plongée d'une journée dans la vie active d'un professionnel. www. produnjour.com

  • * Source Fevad, mai 2008
  • ** Cashstore référence sur son portail 500 sites marchands : ccccccc. Cf le boiler plate habituel sur cashstore

Pour aller plus loin

Les actualités précédentes - eMarketers
Les Commentaires des lecteurs
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le 21 Mai 08 à 13h53
 
Edition
Je partage à 100% cette position.
La vpc est bien encadrée depuis des décennies, l'équilibre entre les marchands et les clients acquis, et Internet n'a pas de spécificité suffisante dans cette relation commerciale pour soumettre les e-marchands français à ces nouvelles obligations.

Plutot que de pondre des réglementations dont les biais sont bien définis ici, pourquoi ne pas commencer par renforcer les moyens de la Dgccrf qui fait un très bon travail en la matière ?

La reprise en main annoncée du .fr évoquée dans un autre article me parait, elle, être une bonne chose.

Neteco pourrait-il nous éclairer sur la position de M.Chatel ? A t-il élaboré ces mesures en concertation avec d'autres interlocuteurs de la profession, ou uniquement les associations de consommateurs (ou ... tout seul avec quelques conseillers inspirés) ?

Ne va t'on pas assister à une délocalisation réglementaire massive des e-Pme, travailler depuis la Belgique par exemple devenant bien plus avantageux ?

ps: félicitations pour "produnjour.com" , j'y avais pensé, vous l'avez fait: bravo !
 
le 21 Mai 08 à 16h30
 
Edition
Je ne commenterai pas l'ensemble de cette diatribe mais elle est assez grossièrement partisane. Un exemple : les hotlines gratuites. Il est évident que lorsqu'un client mécontent appelle, ce n'est pas à lui qui dejà a des problèmes, de financer le cout de la Hotline. Ce cout doit être réparti équitablement entre tous les utilisateurs. Cela ne fera pas du tout augmenter les prix pour le consommateur final : ce qu'il payera en plus à l'achat sera payé en moins dans le SAV, il n'y aura pas de différence au global. Simplement, les mauvais marchands qui ont besoin d'un SAV couteux verront leur prix augmenter et cela sera juste. Les brebis galeuses avec des SAV pourris n'auront pas cette charge mais le bouche à oreille fera son travail comme maintenant.

Le fait qu'un SAV soit rentable ou pas ne change rien à la possibilité de délocaliser. Il est déja possible de faire payer 34ct la mn et de diriger des hotliners marocains et roumains, c'est d'ailleurs courant.

Enfin, quand je vais dans un magasin physique, non, on ne me fait pas payer pour le SAV au temps de minute que je parle avec l'agent de SAV, le cout du SAV est inclus dans le prix de vente.
La conlusion est donc la suivante : les acteurs du e-commerce ne veulent pas de cette loi car elle va réduire les inégalités entre eux et le commerce physique.

Je pense que si quand vous ramenez votre produit défectueux chez Darty on vous faisait payer 34ct la mn pour parler au vendeur, ca ferait des mécontents !!!
 
le 21 Mai 08 à 18h21
 
Edition
C'est globalement bien argumenté (rembourser les frais de livraison aller et retour sera évidement un prêt de 7 jours gratuit pour celui qui en abuse!), mais ça passe vite sur un sujet : Les numéros surtaxés.
Je me réjoui de cette mesure, car quand on appelle un e-marchand, ce n'est pas pour le plaisir : c'est qu'on a un problème. Le prix de la gestion des problèmes doit être dans le prix de vente initial, pour éviter les e-marchand qui font un prix d'appel et prévoient de se récupérer sur les numéros surtaxés.

Si un e-marchand fait du bon boulot, le poste de gestion des appels sera faible, et les prix faibles. Si il fait mal sont boulot, ça augmentera son coût et les prix augmenteront, et le fera disparaitre de la toile à raison (vu qu'il fait mal son boulot...)

C'est globalement bien argumenté (rembourser les frais de livraison aller et retour sera évidement un prêt de 7 jours gratuit pour celui qui en abuse!), mais ça passe vite sur un sujet : Les numéros surtaxés.
Je me réjoui de cette mesure, car quand on appelle un e-marchand, ce n'est pas pour le plaisir : c'est qu'on a un problème. Le prix de la gestion des problèmes doit être dans le prix de vente initial, pour éviter les e-marchand qui font un prix d'appel et prévoient de se récupérer sur les numéros surtaxés.

Si un e-marchand fait du bon boulot, le poste de gestion des appels sera faible, et les prix faibles. Si il fait mal sont boulot, ça augmentera son coût et les prix augmenteront, et le fera disparaitre de la toile à raison (vu qu'il fait mal son boulot...)
 
le 22 Mai 08 à 01h48
 
Edition
Au dela du raisonnement de bonne foi que vous tenez, bonne foi que je ne conteste pas à M. Chatel non plus, il y a toujours le même problème: l'inexpérience de la situation.

Puisque le sujet auquel vous semblez être le plus sensible c'est le coût de la communication téléphonique, que nous apprend l'histoire récente ? Qu'après la visite fin 2005 de François Loos, ministre délégué à l'Industrie, sur le site du centre d'appels d'Alice, afin d'inaugurer la "première hotline gratuite en France", cette hotline a été quasi injoignable pendant de nombreux mois, dotant ce FAI d'un des plus mauvais services clients de l'époque.
Parade pour le politique en compagnie de la grande blonde, coup de comm' pour la société, mais calamité pour les clients.

C'est à cela que ça sert de consulter des professionnels: ne pas vouloir passer d'un raisonnement théorique bien fondé à une mise en application contre-productive via des "yaka" et des "faukon" ...
 
le 22 Mai 08 à 16h41
 
Edition
Sans parti pris, je dois dire que cette étrange disposition permettant de renvoyer ses achats après 7 jours et au frais du marchand est assez dingue? Ca insiterait plutôt l'honnête client que je suis à profiter de ce système. Il m'arrive fréquemment de louer un cideo-projecteur pour animer des séminaires. La prochaine fois, je le commanderai puis le renverrai au marchand après usage (à ses frais !).
C'est assez dingue, et ça défit toute logique commerciale.
Par contre, en ce qui concerne les tarifs des hotlines, il me semble que les coûts de personnels ne suffisent pas à justifier les abus de certains sites, même s'ils sont rares.
En conclusion, je dirai que le web ne me semble pas l'espace à règlementer prioritairement. Parce que le bouche à oreille du web est rudement efficace.
Bonne chance à vous avec votre drôle de ministre.
 
le 27 Mai 08 à 16h23
 
Edition
Bonjour,

Il me semble que le texte de loi est clair : seuls les frais de port "aller" devront être remboursés par le e-commerçant en cas d'usage du droit de rétractation.
Les frais de port "retour" resteront à la charge du client.

L'article 31 de la loi n° 2008-3 du 3 janvier 2008, qui deviendra l'article L. 121-20-1 du Code de la Consommation le 1er juin 2008, précise : "lorsque le droit de rétractation est exercé, le professionnel est tenu de rembourser le consommateur de la totalité des sommes versées..."

Bien évidemment, les frais de retour ne sont pas versés lors de l'achat et donc non-remboursables.

D'ailleurs, l'article L 121-20 du Code de la Consommation précise déjà : "le consommateur dispose d'un délai de sept jours francs pour exercer son droit de rétractation sans avoir à justifier de motifs ni à payer de pénalités, à l'exception, le cas échéant, des frais de retour."

Cet article ne semble pas être modifié par le nouveau texte.

C'est aussi l'avis du Forum des Droits sur l'Internet que vous trouverez sur leur site.

Bonne journée !

decopoly
www.lesitededecopoly.com
 
le 03 Juin 08 à 09h59
 
Edition
"Free remplace sa hot line surtaxée par une prestation très chère d'assistance" www.01net.com...

Mort
de
Rire

Le reste des dispositions de M.Chatel sera -t'il aussi diantrement efficace ?
Edité le 03/06/2008 à 10:00
 
 
 
 
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